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Danse orientale . Sur 5 200 danseuses enregistrées à la fin des années 80, on n'en compte plus que 2 300. La danse orientale serait-elle vouée à disparaître en Egypte ? |
Vidéos de Danse Orientale |
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La danse ... tout une histoire Loin d'être un divertissement sensuel qui se cantonne
aux coins obscurs des boîtes de nuit, la danse en Egypte est
un véritable héritage qui remonte aux temps de l'Egypte Antique.
Des scènes vieilles de plus de 5 000 ans représentent des
femmes qui expriment leurs prières en dansant, un foulard sur
les hanches, au rythme d'un tambourin. C'est aussi par la danse
qu'on célébrait, à cette époque, les noces et la saison prospère
de la crue du Nil. Et au cours des années, la danse est restée
un moyen important d'exprimer la joie. « C'est Bamba
Kachar, célèbre danseuse qui a dansé dans le cortège de Saad
Zaghloul, célébrant son retour d'exil », explique Sadeq
Sabbour dans son livre L'Histoire de la danse orientale en
Egypte. La célèbre danseuse, qui ne se produisait que lors
des noces, avait payé de sa poche pour que les rues de la capitale
soient couvertes de tapis rouges et de fleurs, des préparatifs
à la hauteur de l'événement. |
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Des strass en manque d'étoiles |
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Dans sa maison modestement
meublée, à Manial, Zeinab a pris l'habitude de prendre son
café au coucher du soleil, sur sa terrasse. Un rendez-vous
quotidien avec le Nil sur lequel donne l'appartement, mais
aussi avec une multitude de souvenirs. Sa voisine, experte
dans la lecture du marc de café, doit lui rendre visite.
C'est un moyen de tuer le temps et avant tout l'occasion
de parler d'un passé glorieux qui semble lui manquer. « Je
m'ennuie toute seule. Avant, j'étais entourée de
mes admirateurs, aujourd'hui je n'ai plus personne »,
avoue-t-elle. Zeinab n'est autre que la célèbre danseuse
Zizi Moustapha. Dans les années 70, elle comptait parmi
les plus grandes danseuses orientales d'Egypte. Cela fait
aujourd'hui plus de dix ans qu'elle a quitté le métier,
mais elle a encore du mal à s'y faire. « Ces années
ont été les plus belles de ma vie. J'étais toujours sous
les feux des projecteurs. Tout le monde me regardait, était
fasciné par ce que je faisais ; il est difficile de
mettre tout cela de coté et de passer le reste de
ma vie dans l'ombre ». Si elle a choisi de porter
le voile et de se consacrer à Dieu et à la prière, elle
n'en regrette pas moins les années de gloire. Et contrairement
à beaucoup d'autres danseuses qui ont quitté le milieu,
Zizi est fière de son passé. « Je n'ai rien à regretter
ou à vouloir cacher. J'ai donné ma vie à la danse et c'est
cette danse qui a, en contrepartie, fait de moi la célèbre
Zizi Moustapha », dit-elle.C'est d'ailleurs cette vision des choses, si simple, qui fait d'elle une personne très particulière. Malgré les rides de la cinquantaine qui se dessinent sur son visage et sur son corps, cette dame a encore beaucoup de prestance. Sa galabiya moulante noire et brodée ne suffit pas à dissimuler les détails de sa silhouette. Dans les années 70, âge d'or de la danse orientale, Zizi côtoyait Nagwa Fouad, Soheir Zaki, Hoda Chamseddine ... qui elles avaient succédé aux divas Tahiya Carioca et Samia Gamal. « Nous étions 13 célèbres danseuses à l'époque, sans compter celles de deuxième ou troisième catégories. Nous avions chacune notre style et nos spectateurs qui venaient de tous les coins de l'Egypte pour assister à nos shows », se souvient Zizi, qui appartenait, elle, à l'école de la danse douce. Dans les années 80, le métier commence à perdre de son aura. Il y eut quand même la génération Hindiya et Sahar Hamdi qui, elles aussi, ont choisi de porter le voile et de quitter ce monde après avoir amassé une grosse fortune en seulement deux ou trois ans. Ensuite vient la décadence totale. Dans les années 90, la danse orientale perd toutes ses paillettes. Les cas de ces danseuses à la retraite sont-ils isolés ou sont-ils plutôt le signe que le monde de la danse orientale tel qu'il a toujours été connu est voué à disparaître ? ![]() En effet, aujourd'hui, sur le marché de la danse populaire, ne demeurent plus que trois grands noms : Lucy, Fifi Abdou et Dina. Et d'après les chiffres de l'Organisme de la censure, qui leur délivre des licences de travail, le nombre total des danseuses orientales est passé de 5 200 à la fin des années 80 à 2 300 cette année. En outre, 20 % des boîtes de nuit que compte la rue des Pyramides ont fermé leurs portes ou se contentent de deux représentations de danse orientale par semaine, les danseuses venant à manquer cruellement. Pour ces mêmes raisons, plusieurs hôtels ont dû modifier leur programme et ont ainsi cédé le temps consacré à la danse populaire à un DJ. Et ce n'est pas tout. Selon la même source, 32 % des danseuses qui travaillent actuellement sur le marché sont des étrangères, en majorité originaires de Russie ou d'Amérique latine. Des chiffres qui inquiètent. |
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Pour beaucoup, plus qu'un simple constat, c'est
une réalité difficile à accepter. « C'est le regard que porte la société
sur la danseuse qui menace de plus en plus ce métier »,
explique Raqia Hassan, ancienne danseuse et organisatrice
d'un festival qui aura lieu du 27 juin au 3 juillet et qui
s'est donné pour objectif de sauver et de relancer cet art.
Au programme : conférences sur l'histoire de la danse
orientale et ateliers de danses où certaines danseuses de
renom donneront des cours aux amatrices. Pour Raqia, les
films égyptiens ont beaucoup contribué à accentuer cette
image négative de la danseuse orientale, qui séduit l'homme
marié, brise les couples ou gère un cabaret pour cacher
une activité illégale. Pour Medhat Abdel-Hadi, père de deux
jeunes filles, la danse est liée de près à la mauvaise réputation.
Dans son cas, le tabou porte exclusivement sur le corps
de la femme. « Une danseuse est une femme qui dévoile
son corps, est provocante dans ses attitudes et se vêt d'un
costume aux transparences suggestives. En bref : une
femme aux mœurs légères », explique-t-il. Et cette
opinion qui paraît choquante est très répandue.Dans les années 70, le film Khalli balak min Zouzou, (Fais attention à Zouzou) condamne cette vision des choses. En racontant l'histoire d'une étudiante qui travaille le soir comme danseuse, il met l'accent sur le poids de la société que subit la jeune fille. Or, depuis les années 70, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Il serait même difficile de refaire un tel film. Même si la danse est très présente dans la plupart des films égyptiens, elle ne peut être diffusée à la télévision en tant que show à part entière ; elle doit entrer dans le scénario d'un film ou d'un feuilleton. « Une marginalisation totale », lance Dandach, une jeune danseuse peu optimiste en ce qui concerne l'avenir de son art. Mais ce n'est pas en l'écartant des médias ou en l'assimilant, dans les films, à la dépravation que la danse perdra sa place dans la vie et le cœur des Egyptiens. « Il n'y a pas une Egyptienne qui ne sache danser », déclare Dina, qui caresse son nouveau-né tout en se déhanchant et en esquissant des gestes de la main. « On a la danse dans le sang », estime-t-elle. |
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| La célèbre danseuse est très amère quand elle
évoque cette dualité qui existe dans la façon dont la danse
est perçue en Egypte. « Quand une petite fille commence
à bouger ses hanches devant le miroir, on applaudit celle
qui fait ses premiers pas dans le monde de la danse. Si,
plus tard, elle danse pour le mariage de son amie, cela
ne pose aucun problème. En revanche, si elle exprime le
désir d'en faire son métier, tout le monde la condamnera »,
poursuit Dina, qui avoue avoir souffert de ce regard, mais
ne compte pas quitter ce monde de gloire et de charme. La danse est un rite social. Pas de fête sans danse. « La danse est en nous. C'est une partie de notre culture », estime Raqia Hassan, qui donne actuellement des cours de danse aux jeunes amateurs, un moyen de préserver cet art, même s'il ne sort pas des foyers. Des cours qu'elle doit donner chez elle, parce qu'ouvrir une école de danse se révèle être une mission impossible. « L'Etat nous met des bâtons dans les roues, comme s'il existait un complot destiné à tuer cet art. Si je veux obtenir un permis, il faudra que je fasse une demande pour une salle de gym », s'indigne-t-elle. Une opinion défavorable qui a encore été renforcée par la montée du courant islamiste en Egypte dans les années 80. A cette époque, plusieurs stars se sont éloignées des milieux artistiques, y compris des danseuses. En effet, des dizaines d'entre elles ont préféré porter le voile et se consacrer à une activité sociale ou plus souvent encore caritative. Aujourd'hui, dans les quartiers populaires, où jadis il n'était pas concevable de fêter un mariage sans danse orientale, le fait même d'inviter une danseuse comporte de gros risques, notamment celui de faire éclater une dispute. « Les personnes de tendance conservatrice peuvent se montrer très violentes, et sont capables de changer des noces en cauchemar », avoue Sousou, une danseuse de troisième catégorie qui avoue s'être déjà retrouvée dans ce genre de situation embarrassante. Sousou, qui habite dans le quartier des awalems (danseuses populaires), dans la rue Mohamad Ali, dansait uniquement dans les mariages des quartiers populaires. Cela fait maintenant un an qu'elle n'a plus travaillé pour personne. Car pour éviter tout problème, les familles font aujourd'hui appel à un chanteur ou, pour les plus pieux, à un moqrïe (récitateur du Coran). D'autres abandonnent la danse, de leur plein gré. « Elles décident d'arrêter une fois qu'elles ont fait fortune ou tout simplement quand l'âge les a rattrapées. Car, la danse exige une aptitude physique énorme. Mais le fait que quelques-unes aient arrêté de danser ne signifie pas que la danse va disparaître », poursuit Dina. Quant aux notions de halal et haram (licite et illicite), elles sont pour elle très relatives : « Dieu seul a le droit de nous juger ». Mais Dina estime que la crise que traverse la danse orientale ne revêt pas seulement un caractère social. La dimension économique doit aussi être prise en compte. « Etre danseuse coûte cher », dit-elle. Entre le prix du costume, qui s'élève parfois à 18 000 L.E. et les salaires de l'agent, de l'habilleuse, du garde du corps, du chauffeur et des musiciens, qui sont parfois au nombre de 70, la facture est lourde. La facture est aussi lourde pour qui souhaite assister au spectacle d'une danseuse. « Dans les années 70, un couple pouvait prendre son dîner tout en me regardant danser, sans dépenser plus de 20 L.E. Aujourd'hui, qui peut verser 250 L.E. pour voir une danseuse ? », s'interroge Zizi Moustapha. L'arrivée de danseuses étrangères en Egypte n'arrange pas les choses. Profitant de la baisse du nombre des danseuses égyptiennes, celles-ci viennent travailler pendant quelques années, le temps de mettre de l'argent de côté et de s'imprégner des techniques de cet art. Puis elles rentrent chez elles, où elles continuent à pratiquer la danse, en professionnelles. « C'est dommage, la danse orientale a aujourd'hui plus de valeur et de succès à l'étranger que dans le pays qui l'a vu naître », regrette Raqia Hassan. Pourtant, un grand nombre de danseuses égyptiennes estiment qu'il manque toujours quelque chose aux danseuses étrangères, même si elles excellent dans la réalisation des mouvements les plus complexes. « On ne peut pas tout apprendre, depuis l'harmonie des bras et des jambes jusqu'à l'expression du visage. La danse, ce n'est pas seulement des cuisses nues et une poitrine qui tressaute », lance l'incontournable Dina. Malgré tous ces problèmes, il est difficile de penser que la danse orientale va un jour disparaître. « Sans doute les conditions sociales ne sont-elles pas favorables pour le moment. Il faut peut-être attendre l'apparition d'une danseuse qui fera ses premiers pas, deviendra une étoile qui brillera pendant quelques années puis cédera sa place à une autre. Nous sommes peut-être juste au cœur d'une période de décadence qui ne durera qu'un temps et sera vite suivie d'une période faste », conclut Dina, résolument optimiste. |
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Amira
Doss et Magda Barsoum |
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